« Vous êtes les saints de France ! »
La phrase a claqué dans la nuit du Stade de France. Léon XIV s’adressait aux jeunes. Des saints ? Eux ? Il faut oser le mot, et il fallait sans doute la fête de la Toussaint pour nous aider à en mesurer la force. Car les saints ne sont pas seulement ceux dont les statues peuplent nos églises. Elle célèbre cette foule d’hommes et de femmes ordinaires qui ont laissé passer, dans leur vie, un peu de la lumière de Dieu.
Alors, lorsque le pape dit aux jeunes : « Vous êtes les saints de France », il ne leur décerne pas un brevet de perfection. Il leur confie une espérance et une responsabilité : prenez votre place dans ce monde. Habitez-le. Aimez-le. Transformez-le.
La sainteté n’est pas une fuite vers le ciel. Elle commence les pieds sur terre. Et cette terre, nos jeunes la regardent avec inquiétude. Les guerres s’installent. Le climat se dérègle. Notre société se fracture. L’école elle-même peine parfois à faire naître cette confiance nécessaire pour grandir et choisir son chemin. Alors la jeunesse doute, manifeste, cherche sa place. Les violences sont inacceptables. Mais derrière le bruit, sachons entendre cette question : Quel monde nous laissez-vous ?
Quel parent ne désire pas le meilleur pour son enfant ? Pourtant, collectivement, que préparons-nous à ceux qui viennent ?
Une terre encore habitable ?
Une société où nos différences ne deviennent pas des frontières ?
Un monde où le bonheur demeure une promesse crédible ?
C’est là que résonnent les Béatitudes que nous entendrons ce dimanche : « Heureux les artisans de paix. » « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice. » « Heureux les miséricordieux. » Jésus ne décrit pas un monde idéal. Il indique comment habiter celui-ci.
Être saint aujourd’hui ? C’est refuser d’humilier. Écouter avant de condamner. Protéger le fragile. Choisir la vérité. Faire la paix là où chacun préfère gagner. Prendre soin de cette terre que nous avons reçue mais que nous ne possédons pas. Et nous, adultes, avons une responsabilité : ne demandons pas aux jeunes de croire en l’avenir si nous renonçons à le construire avec eux. La confiance ne se décrète pas. Elle se transmet. Elle se bâtit. Pierre après pierre. Il y a des fractures à réparer. Des défis immenses à relever. Mais l’Évangile nous laisse une direction :
L’avenir ne s’ouvrira pas les uns contre les autres. Il s’ouvrira ensemble.
François, diacre, St-Austremoine au pays d’Issoire